Centrafrique Mode : Dolodolo, le gilet tactique des jeunes femmes de Bangui
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Auteur OAZ

À l'origine pourtant, le terme «dolo dolo» désigne le gilet tactique porté par les militaires et les combattants dans plusieurs régions d'Afrique centrale. L'expression trouve ses racines dans les milieux armés du Tchad, du Soudan et, plus récemment, de la République centrafricaine. Les perles de taille, longtemps connues sous le nom de lengué, vont progressivement hériter de ce surnom militaire en raison de leur accumulation autour des reins, rappelant les équipements chargés de munitions des hommes en armes.
Pour certains observateurs avertis de Bangui, les détentrices de ces accessoires sont de véritables agentes de combat. Non pas des combattantes de guerre, mais des stratèges de la séduction. Des machines de charme lourdement équipées, prêtes à mener leurs opérations dans les terrains les plus fréquentés de la vie nocturne banguissoise.
Pour les apercevoir de près, il suffit souvent de fréquenter les bars-dancings, les snack-bars et autres lieux de réjouissance où musique, alcool et parfois stupéfiants coulent à flot. Ces espaces constituent aujourd'hui l'un des principaux podiums d'exhibition de cette tendance.
Les perles sont portées en très grand nombre. Certaines jeunes femmes en arborent cinq, six, parfois une dizaine autour de la taille. Contrairement à certaines traditions africaines où ces parures participaient à la mise en valeur de la silhouette ou possédaient une dimension culturelle et symbolique, leur usage contemporain semble davantage relever de l'esthétique, de l'affirmation de soi et de la recherche du regard.
Car au-delà des couleurs, il y a aussi le son. Lors d'un déhanchement bien maîtrisé, les perles s'entrechoquent et produisent un léger cliquetis qui accompagne la danse. Un détail qui n'a pas échappé aux DJ de la capitale.
Ces derniers lui ont même consacré une formule devenue populaire sur certaines pistes de danse : « Fa léngué ni ba, za dolo dolo i ba ! », autrement dit : « Montre tes perles qu'on les voie, affiche ton gilet tactique de combat ! »
Pour couronner le tout, certaines porteuses de dolo dolo n'hésitent pas à descendre légèrement la taille de leurs pantalons, ajuster leurs jupes ou soulever discrètement leurs robes afin de laisser apparaître leurs précieux ornements. Un spectacle auquel le public masculin semble particulièrement attentif.
Simple phénomène de mode ? Expression d'une jeunesse en quête de visibilité ? Influence des réseaux sociaux ? Ou symptôme d'une évolution plus profonde des mœurs urbaines ?
Entre effet de tendance, affirmation identitaire, quête de séduction et inquiétudes liées à certaines dérives de la jeunesse, la frontière demeure parfois mince. Une chose est cependant certaine : à Bangui, le dolo dolo n'est plus seulement un équipement militaire. Il est devenu un accessoire de mode à part entière.
Prince Eric Ngïbino