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Articlemardi 9 juin 2026

Culture en RCA : le mirage du succès immédiat ou l'agonie d’une génération sans repères

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Sandra-Divine Mossenengali

Auteur OAZ

Culture en RCA : le mirage du succès immédiat ou l'agonie d’une génération sans repères

Bangui est devenu le nouvel eldorado pour une jeunesse centrafricaine en quête de visibilité, de carrière d'artiste, de photographe ou de manager de studio. Mais derrière les paillettes des réseaux sociaux se cache une réalité sombre : une majorité de ces jeunes abandonne les bancs de l’école pour un paysage culturel miné par l'absence de formation, la drogue et une précarité systémique.

Le rideau se lève, mais la scène est vide de sens. Derrière la célébrité éphémère d'Internet, le paysage culturel de la République centrafricaine traverse une crise de croissance sans précédent. Entre amateurisme généralisé, déperdition scolaire et perte de valeurs, l’industrie créative nationale, au lieu d’être un levier de développement, semble devenir le tombeau des ambitions de notre jeunesse.

L'invasion des  autodidactes  sans boussole

Aujourd’hui, il suffit d’un smartphone et d’une connexion internet pour s'autoproclamer cinéaste, photographe ou producteur. Si l’avancée technologique représente une opportunité, elle est devenue, pour beaucoup de jeunes centrafricains, un prétexte pour fuir le système scolaire. Selon les observateurs, près de 90 % des jeunes qui tentent l'aventure culturelle abandonnent prématurément leurs études, séduits par l’illusion d’une célébrité rapide et d’un argent facile qui tarde pourtant à venir.

Ce manque de formation académique et technique ne se limite pas aux artistes. Le milieu est désormais saturé de managers de circonstance. Le mal est profond et prend racine dans l’entourage immédiat des créateurs. Faute de structures professionnelles, l’artiste centrafricain se tourne par défaut vers ses amis. Ces derniers, sans aucune compétence en gestion de carrière, s’autoproclament agents ou managers.

Leur rôle ? Payer quelques frais de studio, offrir des tournées de boissons et accompagner l’artiste en prestation par pur fanatisme. Ce système de gestion par affinité condamne l'industrie à l'amateurisme. En l'absence de plan de carrière et de vision stratégique, le rêve s'arrête souvent à la porte du quartier.

Drogue et dérive : le revers de la médaille

Les estimations des acteurs de terrain font froid dans le dos ;  la quasi-totalité des jeunes lancés sans bagage intellectuel dans le secteur culturel finit par jeter l'éponge. Sans encadrement, beaucoup basculent dans des fléaux sociaux dévastateurs. La drogue, la précarité sexuelle et le suivisme deviennent les tristes compagnons de route de ceux qui espéraient la gloire.

Le manque de repères moraux et professionnels transforme des carrières prometteuses en trajectoires brisées. « On confond généralement la popularité éphémère sur les réseaux sociaux avec une carrière artistique solide », déplore un observateur de la scène culturelle banguissoise.

L’urgence d’une professionnalisation

Le paysage culturel de la République centrafricaine est aujourd'hui à la croisée des chemins. Si l'audiovisuel offre des opportunités réelles, il ne peut se construire sur l'ignorance. Sans une formation rigoureuse et sans l'émergence de vrais agents culturels formés aux métiers de la production et du management, la culture centrafricaine restera un terrain de jeu pour amateurs.

L'enjeu est de taille ; il faut redonner à la jeunesse le goût de l'effort et de l'apprentissage. C'est à cette seule condition que la passion pour l'art cessera d'être un synonyme d'échec social pour devenir un véritable levier de développement pour la nation.